13 – Léon sur le pont d’un bateau

13 – Léon sur le pont d’un bateau

L’histoire de Léon arrive ainsi à son terme ! Quel parcours depuis mai 1940 ! Quel voyage ! Que d’horreurs vues, mais que de dangers mortels évités. Cela fait presque deux ans déjà que je traque Léon. Nous a-t-il tout livré déjà ? Pas encore, il a une dernière surprise pour nous.

Lors de mes premières recherches sur l’aventure du Nyassa, j’avais remarqué qu’il existait deux photos facilement accessibles en ligne ; elles avaient été prises le jour exact de son arrivée à Haïfa, le fameux 1er février 1944 à 9 heures du matin. Je trouvais déjà ça assez extraordinaire qu’il en existe deux. On n’y voyait pas Léon évidemment. Alors, j’ai voulu trouver d’autres images, retrouver la série complète si elle existait.

En opérant une recherche directement sur le nom hébreu du Nyassa – « ניאסה »  – je découvre qu’un photographe – Zoltan Kluger – avait été dépêché par l’agence sioniste pour immortaliser cette exceptionnelle arrivée de réfugiés. Une quarantaine d’images sont ainsi dispersées entre trois fonds : les Archives nationales israéliennes, les Archives centrales sionistes et les archives de l’Agence de presse gouvernementale.

Celles des Archives nationales sont carrément sur WikiCommons en qualité tout à fait acceptable. Je regarde les photos, les gens sur le pont qui sourient à l’objectif, le gratifient d’un salut, toutes ces personnes qui viennent d’échapper à l’horreur et dont la vie prend à cet instant même un tournant radical. Je cherche Léon évidemment. Les 756 passagers n’ont certainement pas été tous photographiés, mais avec un peu de chance…

Je le vois soudain, c’est forcément lui, mais je n’arrive pas à y croire. J’envoie la photographie à la famille qui l’identifie formellement. C’est bien Léon qui me regarde le traquer, l’air sérieux, du pont de son bateau, ce 1er février 1944 dans le port d’Haïfa. C’est incroyable. Quand je pense que Léon était sur Wikipedia !

Se pourrait-il qu’il soit sur d’autres clichés ? Les images en ligne des archives sionistes sont en si mauvaise définition qu’il est impossible de le dire. Je les commande et les attends avec impatience. Bingo ! Deux clichés ont été pris dans les secondes qui suivent la première photographie. Cette fois, Léon nous sourit franchement en nous regardant droit dans les yeux, comme si le photographe avait crié quelque chose d’enjoué. Sur la deuxième, il est à moitié caché alors qu’il est accoudé à la rambarde, mais on le devine regardant au loin.

Au même moment, dans les archives de David Schweitzer (qui a lui aussi participé à l’opération « Nyassa »), je trouve un dossier de presse qui traite de l’arrivée du navire à Haïfa. Et sur l’une des coupures d’un journal, une photo : celle de Léon nous regardant du pont de son bateau. Je retrouve laborieusement le numéro du quotidien concerné sur le site de la Bibliothèque nationale israélienne (les recherches sont en hébreu, langue que je ne connais pas). Il s’agit du numéro d’Al ha-mishmar daté du 4 février 1944. Et Léon en fait la une. Qui l’aurait imaginé ?

Les passagers du Nyassa quittent ensuite le bateau ; des bus sont là sur les quais pour les amener vers une destination à laquelle ils ne s’attendent peut-être pas…

Janvier 1945 – Après que le Nyassa a ouvert la route, le flux des réfugiés en Palestine s’intensifie. Ils arrivent tous au port d’Haïfa pour être transféré immédiatement après dans le camp « d’accueil » d’Atlit.

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